Nuit du port. Et Mozambique remet le son

Plus funky, tu meurs. les Trompettes du Mozambique ont le groove dans la peau, baby... Et dans la coupe de cheveux

Les Trompettes du Mozambique ont remis ça. Déchaînées la veille au Cabaret et sur la place Polig-Montjarret, elles ont revêtu hier soir leur costume favori de trublion-qui-vous-enflamme-un-public-trop-sage. Pas si évident que ça, devant cette foule - 9.000 selon la billetterie - de festivaliers qui a tout de même fini par se lâcher. On ne résiste pas aux Trompettes du Mozambique. Des cuivres et des binious, des percus et des basses, des chorégraphies tarte à la crème que même leurs grands-mères ne leur envient pas, une bigouden, un cyclopastriste, une grosse tête mi-Jackson 5, mi-Playmobil, du funk, des « évérebadi sé yé », du reggae et tubes de l'été de 1972... il y avait tout ça sur la scène du Slipway.

Le Télégramme 17 août 2006

Un échappé du Tour de France (dopé au plinn) s'est reconverti en pianiste des Trompettes du Mozambique.
Les Mozambiquais chauffent l'évêché à blanc

Ils sont 18, tous blancs, 100 % bretons, et mériteraient d'être noirs. La preuve, ils s'appellent Les Trompettes de la Mozambique et ont chauffé à blanc la cour de l'évêché, hier soir.

C'est un drôle de groupe africain qui se produit là. D'ailleurs, très vite, en moins de 5 minutes, les quelques touristes qui se sont fourvoyés, traîtreusement trompés par l'appellation du groupe, ont tourné les talons. Les autres, tout aussi vite, n'ont pas tardé à se lever, battre des mains et à se lancer dans la danse. Le concert commence par un hommage aux pauvres petits blaireaux, si nombreux, à finir écrasés sur la route. Blaireaux ? ! ? On ne va pas tarder à comprendre...

Hinault forever

C'est du cuivre lourd, funky-groovy-jazzy-métal-machin-chose. Aux synthés, « Landrik Fourchu, de Kerfeunteun ! Dit : Landrik Fourchu ! » Et tout le monde applaudit. Faut dire qu'il est beau comme un coeur, Landrik, avec son maillot de jaune, toute la panoplie de coureur cycliste et la superbe écharpe-beurk-moumoute de l'équipe des supporteurs de Mantes. « C'est l'arrivée du Tour... », aurait apprécié Bashung, en connaisseur. D'ailleurs, arrive le reste de la bande. Ils sont en retard, mais ils ont une bonne excuse : le fond de la galaxie, c'est loin. Il y a le postier ; un Tyrolien rougeaud en culotte de peau, et puis, surtout, un Shrek à la coiffure improbable : une mise en plis d'un bon mètre de diamètre. Bonjour la laque tous les matins !

Maintenant, à 18 sur scène, c'est complet. Et ça déménage, chaud devant : un laridé cosmique. À moins que ça ne soit comique ? Non, bon sang mais c'est bien sûr : c'est la fanfare d'Émir Kusturika qu'a pété les plombs ! Tout l'évêché s'est mis debout, ça valait le coup : un reggae destroy-nucléaire. Franchement, le bagad est pas mal déchiré, il a dû mettre les doigts dans la prise en triphasé. Ah, tiens ? Il y en a un en couche-culotte ? À moins que ça ne soit un lutteur de gouren qui s'est gouré de costume avec celui du sumotori ? Bon, glissons, il sort sa bombarde et c'est torride. Déchaînés, dégondés, dégivrés, ils sont parfaitement déjantés.

Place à un numéro de danse extrêmement raffiné, on n'ose pas raconter : c'est quand même assez n'importe quoi. Nouveau morceau : « Makin'funky » ? À moins que ça ne soit « Mais qui font qui » ? Et ce qui est superbe, c'est que tout le monde arbore un grand sourire : ce concert est jubilatoire. Décomplexés et rigolards, les auditeurs sont de plus en plus nombreux à danser. À la batterie : « Le batteur ! » Yes... Applaudissements de la foule. « Gardez votre calme ! réplique le saxo. Et merci de ne pas être allés voir Johnny !... » Enfin le moment tant attendu : « De la musique bretonne ! » Yes... tout le monde attend. « Couin ! » Bon, on n'est pas déçus, mais « Tréboul va pouvoir prendre sa revanche sur Douarnenez... »

Nouvel hommage : un reggae dédié à « Bernard Hinault. Légalisez tous les blaireaux du monde ! » (NDLR : on cite strictement). Le morceau est superbe : une combinaison cyclo-fonke « pour soul cyclotouriste. Il faut saler la soupe ! » Mais, hélas, elle est « contrôlée radioactive... » Sniff, triste fin pour un blaireau... Enfin, il y a quand même eu trois rappels.

Et vous savez quoi ? Le plus drôle dans tout ça, c'est qu'en plus d'être franchement comiques... ils jouent drôlement bien !

Christophe VIOLETTE.

Ouest France
Vendredi 21 juillet 2006